« Je souhaite une réforme de notre démocratie et une évolution de nos institutions »

De-Sarnez
Invitée de la matinale d’Europe 1 week-end, Marielle de Sarnez est revenue sur l’actualité de la semaine : l’inhumation du bébé rom décédé dans l’Essonne, le rachat du Club Méditerranée par le Chinois Fosun et la loi Macron.
Bonjour Marielle de Sarnez.
Bonjour.
Merci d’être en direct ce matin, sur Europe 1. On en a parlé dans le journal de 8h et je voulais que l’on démarre cette interview par l’histoire de ce bébé rom, mort le lendemain de Noël dans l’Essonne. Le maire de la commune de Champlan a refusé l’inhumation de ce bébé dans le cimetière de la ville. Il dit que, faute de place, priorité est donnée à ceux qui payent leurs impôts locaux. Vous réagissez comment ?
C’est absolument injustifiable et inhumain et on ne peut pas laisser passer cela. Je veux dire que c’est évidemment un droit élémentaire dans ce moment – le pire de la vie de ce pauvre enfant – qui leur est donné.
Pour vous, il y a du racisme dans ce genre de décision ?
Je ne dirais même pas cela, c’est quelque chose qui me dépasse complètement. Je n’arrive même pas à comprendre que ce maire ait pu penser et aborder la question de cette façon-là. Donc j’espère vraiment qu’il va revenir sur sa mauvaise décision.
Alors on le disait à 8h, le bébé sera finalement inhumé dans la ville voisine de Wissous, est-ce que cette affaire est aussi la preuve que l’intégration des Roms dans la société française reste extrêmement compliquée ?
Oui, bien sûr, cela reste difficile, il ne faut pas le nier. On voit bien qu’il y a des démantèlements de camps de Roms et puis des réinstallations, que ce sont des populations en grande difficulté et qui peuvent poser des problèmes. Moi qui suis députée européenne, je sais que l’on donne énormément de fonds pour les pays dont sont originaires les Roms et j’ai le sentiment que ces fonds ne sont pas utilisés dans ces pays pour l’insertion des Roms. Il faut savoir que si les Roms viennent chez nous, c’est parce que dans leur propre pays ils sont traités comme des sous-hommes, ils ne sont pas traités comme des personnes humaines mais comme des citoyens de 2e rang. Donc c’est tout cela auquel il faut aussi remédier.
Mais comment est-ce que l’on peut forcer des pays, par exemple comme la Roumanie, à bien utiliser les fonds européens qui leur sont alloués ?
On devrait soit arrêter de payer, soit faire en sorte que l’argent soit utilisé. Cela me semble assez simple.
Mais il n’y a pas de contrôles ?
Il faut le faire, on ne peut pas demander à Bruxelles de tout contrôler et donc il faut, à un moment, que les Etats soient responsables eux-mêmes. Ce n’est pas à Bruxelles d’aller faire la police. Je crois en l’Europe, mais pas en ce type d’Europe là. C’est à la Roumanie, à la Bulgarie, aux pays dans lesquels vivent ces Roms qui ont des fonds très importants pour favoriser leur insertion, de faire leur travail.
L’Europe n’arrive pas à gérer ses flux de migrants. On le voit encore avec ce qui arrive en Italie. Qu’est-ce que l’on peut faire aujourd’hui ?
J’ai envie de dire deux choses.
D’abord la première chose : les hommes qui mettent tous ces hommes, ces femmes, ces enfants dans les bateaux dans ces conditions-là, c’est un crime contre l’humanité. C’est quelque chose que l’on ne pensait pas voir aujourd’hui. Donc il faut une mobilisation de la communauté internationale du point de vue de la sécurité pour que ceci ne puisse jamais se reproduire. C’est le premier point.
Et puis le second point : c’est un scandale de laisser l’Italie toute seule face à ces migrants. C’est un mythe de penser – je le dis et je le pense depuis longtemps – que les politiques de migration doivent être considérées comme des politiques nationales. Les questions des migrations sont des questions internationales, mondiales et sont pour le moins des questions sur lesquelles l’Europe, en tant que telle, se doit de réagir. Il faut évidemment répartir le poids – parce que c’est aussi un poids, mais en même temps on doit l’asile politique à ceux qui sont menacés – sur l’ensemble de l’Union européenne et avoir une politique commune en matière d’asile politique, en matière d’immigration.
Sauf que ce discours-là fait consensus.
Non, ce discours ne fait pas consensus. A la vérité, la plupart des Etats – l’Etat français ne déroge pas à la règle – considèrent que les questions des migrations sont des questions de politique nationale et cela permet d’ailleurs de faire de la politique sur le dos des immigrés. On ne va pas faire un dessin. Il faut maintenant que les chefs d’Etat et de gouvernement s’asseyent autour d’une table et se disent « oui on va ouvrir les yeux sur la situation, oui on va décider que l’on gère ensemble et que, quand il y a des temps de crises et de guerres, on essait de faire face ensemble ».
Et vous demandez ce matin à Manuel Valls ou François Hollande de provoquer cette rencontre ?
Bien sûr, c’est la moindre des choses. Cela fait des années que l’on devrait avoir cette politique commune en matière d’immigration.
L’autre actualité de ce matin, Marielle de Sarnez, c’est le club Med, fleuron touristique français, avalé par le chinois Fosun. Est-ce que cela vous inquiète ?
Il y a une chose qui m’inquiète. Vous allez dire que je parle beaucoup d’Europe, ce matin à Europe 1. On n’a pas le droit de devenir actionnaire majoritaire d’une entreprise en Chine. Alors la moindre des choses que l’on peut demander pour l’Europe et pour la France, c’est ce que l’on appelle la réciprocité, c’est-à-dire que s’ils ont le droit de le faire chez nous, ils faut que l’on puisse le faire chez eux. Cela n’est pas le cas. Je dis que France et Europe doivent réfléchir à la manière de mieux défendre les intérêts des Européens. Les Chinois défendent leurs propres intérêts. Vous ne pouvez pas arriver en Chine et décider d’être un actionnaire majoritaire, c’est forcément un Chinois qui en est un. Il faut que l’on réfléchisse ensemble à ce genre de choses chez nous.
Mais tant que l’on n’a pas cette réciprocité en Chine, est-ce que cela veut dire qu’il faut interdire ce genre d’investissement chinois en France ?
Cela veut dire qu’il faut avoir une vision stratégique de ce que l’on doit défendre, nous Européens et nous Français, qu’il y a des fleurons français, qu’il faut faire attention à ce que notre savoir-faire, notre technologie, tout cela ne soit transférable. Et ensuite, une fois que l’on a vendu, une fois qu’il y a eu de l’argent qui aura été fait, qu’est-ce qui va se passer derrière ? C’est quelque chose de moins que nous aurons en potentiel. Je crois qu’il faut avoir un esprit davantage conquérant plutôt que d’aller vendre ce qui marche le mieux chez nous.
Un mot de la charge de Cécile Duflot ce matin, c’est à la Une du Journal du Dimanche. Elle met en doute la sincérité du Président Hollande quand il parle d’écologie, et surtout elle s’attaque très lourdement à la loi Macron. Cela va être le gros dossier de cette rentrée de janvier en politique, elle explique que cette loi est rétrograde, terrible pour l’environnement, terrible pour les droits des salariés. Vous, cette loi, est-ce qu’elle vous va ?
D’abord, tout cela, Cécile Duflot etc., ce sont des questions uniquement tactiques, parce que, dans la loi Macron, il n’y a vraiment pas grand chose. Alors si l’on dit que voter la loi Macron c’est tout d’un coup une révolution à gauche, c’est évidemment des questions de positionnement, elle se positionne à la gauche de la gauche avec un certain nombre d’autres. Qu’est-ce qu’il y a dans cette loi ? Il y a quelques ajustements par exemple sur la question des dimanche travaillés, on pourra passer de 5 dimanche, à 7 dimanche. Et dans les zones internationales, zones de tourisme, on pourra ouvrir tous les jours. Il y a 5 ou 6 zones de tourisme à Paris et cela sera plutôt une bonne chose. Mais enfin, ce ne sont pas des réformes de structure, qui changent profondément le logiciel économique et social français et donc on voit bien que ce sont des postures à mon avis de la part de ceux qui critiquent cette loi. Mais faire croire en même temps – et le gouvernement le fait un peu trop – que cette loi va changer tout et va être de nature à créer la confiance en France c’est raconter des histoires aux Français.
Alors vous parlez de politique et de positionnement politique, est-ce que vous avez le sentiment, comme Cécile Duflot visiblement, de vous être fait avoir par François Hollande ?
Non, je ne pense pas de cette façon-là ni ne réagis de cette façon-là. Je pense que François Hollande a un devoir vis-à-vis des Français, la question n’est pas si Cécile Duflot dit Y ou Z. J’ai regardé ses vœux, je trouve qu’il n’a pas de cap, pas de vision, de ligne claire et dans un moment où le monde est plus que dangereux, dans un moment où l’on est déstabilisé sur le plan économique, je pense qu’il ne prend pas la mesure de ce qui est à faire. Je trouve que cela est inquiétant pour mon pays.
Mais cela veut dire que François Bayrou s’est trompé, en 2012, en appelant à voter François Hollande ?
Non, pas du tout. Quatre millions de Français n’ont pas voté pour Nicolas Sarkozy alors qu’ils étaient du centre et du centre-droit comme on dit et il faudra que Nicolas Sarkozy se pose un certain nombre de questions, pourquoi des Français qui n’étaient pas de gauche n’ont pas voté pour lui ? C’est parce que finalement ils trouvaient peut-être que Nicolas Sarkozy n’était pas assez rassembleur, qu’il clivait trop, qu’il n’avait pas fait les réformes qui étaient nécessaires pour le pays. C’est cela la question fondamentale et ce sera la question fondamentale pour les prochaines échéances présidentielles. Est-ce que l’on pourra avoir enfin une élection présidentielle qui soit utile ? C’est-à-dire avec des gens qui, ensuite, seront en capacité de gouverner le pays et de faire les réformes qui sont nécessaires ?
Une autre question qui va se poser à vous, au MoDem, est-ce que vous vous sentez plus proches du PS ou de l’UMP en vue de 2017 ?
Mais en vue de 2017, j’ai une idée simple, je viens de vous l’énoncer. C’est que l’équipe qui soit en place, le Président de la République qui soit élu, soit en capacité de rassembler pour pouvoir réformer le pays. Au fond, la mécanique des fluides – la droite échoue c’est la gauche qui arrive, la gauche échoue c’est la droite qui arrive – cela fait 30 ans que l’on voit cela, que l’on vit cela. C’est pourquoi je souhaite une réforme de notre démocratie, un changement, une évolution de nos institutions et c’est cela, à mon avis, les enjeux que nous défendrons dans les mois qui viennent.
Merci Marielle de Sarnez d’être venue en direct ce matin sur Europe 1.
Cet article a été publié dans Marielle de Sarnez, MoDem.

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