« Il existe un socle politique capable de soutenir les réformes »

François Bayrou
« Il existe un socle politique capable de soutenir les réformes »
06 novembre 2014
Un peu moins d’une heure avant l’allocution du Président de la République au JT de TF1, François Bayrou a exprimé avec clarté le cap à suivre pour redresser la France : adhésion du peuple français au projet politique proposé, changement des pratiques institutionnelles et courage des hommes politiques pour dépasser leurs clivages.
Ruth Elkrief – Bonjour François Bayrou.
Bonjour.
Vous êtes le président du MoDem, maire de Pau, et nous sommes en duplex de Pau, avec les Pyrénées en fond derrière vous. Merci d’être avec nous sur BFM TV. Vous avez reçu ce matin Manuel Valls pour un entretien privé avant de faire une conférence de presse commune. On a eu le sentiment que vous vous entendiez particulièrement bien.
D’abord lorsque le Premier Ministre vient dans une ville qui est la capitale d’une région comme la nôtre, c’est tout à fait naturel et obligatoire que le maire le reçoive. Mais évidemment tout cela se passe dans un climat national qui est un climat, comme le savez, de très grande inquiétude. Manuel Valls a fait ces derniers temps des déclarations qui prennent en compte cette inquiétude et en donnant des signes qu’il pensait que la situation ne pouvait pas durer en l’état. Il a d’une certaine manière acté qu’il allait falloir que des choses changent, c’est aussi pour cela que notre entretien, ce matin, avait de l’intérêt.
Le jour où le Président fait son bilan de mi-mandat, pensez-vous qu’il y a des choses qui doivent changer, des alliances, des relations par exemple ?
Alors, je ne parle pas d’alliance. Ce sont des accords d’appareils, politiciens, et qui se passent en dehors des Français. Et ce n’est absolument pas ce que je recherche. Je ne veux aucune ambigüité et aucune manœuvre d’aucune sorte. Mais cette inquiétude que nous ressentons tous, il est naturel qu’on la prenne en compte. Alors vous me dites « le jour de l’émission de François Hollande », honnêtement ce n’est pas nous, ni Manuel Valls ni moi-même, qui avons choisi le jour de la visite du Premier Ministre, c’est parce qu’il y avait à Pau le congrès des départements de France, des présidents de conseils généraux et donc il était naturel que le Premier Ministre y vienne. Il n’y a pas de signification plus importante que celle-ci, mais tout le monde voit bien, qu’à mi-mandat, quel est le constat que l’on peut faire. et Beaucoup d’occasions ont été manquées, et plus gravement encore, les Français ressentent très bien que l’échec de cette majorité est la poursuite des difficultés ou des échecs des majorités précédentes. Il n’y a pas de rupture, ni de différence essentielle entre les décennies que l’on a vécues avant et puis ce qu’il se passe depuis les élections de 2012. C’est cela qui est particulièrement inquiétant.
J’ai vu une enquête d’opinion – que vous avez vue aussi – très sévère avec le bilan de François Hollande et de la majorité. Mais ce qu’elle dit, c’est que les Français ne croient pas que l’opposition ferait mieux, en dehors de quelques personnalités. L’opinion ne croit pas que la droite ferait mieux et donc il existe pour nous, responsables politiques, une responsabilité très importante de réfléchir à ce qu’il faudrait faire.
Concrètement, cela veut dire que vous pourriez travailler un jour avec Manuel Valls, alors que, désormais, vous excluez de le faire avec François Hollande.
Je n’envisage en aucune manière qu’il puisse y avoir des ralliements, des accords d’élargissement pendant la période actuelle.
Sous quelle forme pourriez-vous travailler avec Manuel Valls alors ?
D’abord, ne limitez pas mon envie de travailler avec d’autres responsables politiques à un seul. Manuel Valls est un homme qui dit des choses que je considère comme intéressantes – les actes ne sont pas encore au rendez-vous mais il dit des choses intéressantes – mais Alain Juppé dit des choses que j’approuve et d’autres responsables de la droite républicaine aussi. Vous voyez bien que dans mon esprit, il y a un arc politique, un socle politique qui est le seul qui puisse soutenir une politique réformiste. Mais une condition est nécessaire ou prioritaire, c’est que les Français puissent s’exprimer sur le nouveau projet politique qui leur sera soumis. Vous savez que je pense qu’il est impossible que l’on tienne deux ans et demi avec cette dégringolade du pouvoir actuel, et donc il faudra un jour ou l’autre que les Français soient appelés à trancher.
Deuxièmement, il faut des changements très précis dans la pratique politique française. Regardez ce qui s’est passé en Allemagne : pourquoi les Allemands ont-ils pu porter des réformes ? Parce que les deux principaux courants, de centre-gauche et de centre-droit, ont accepté de travailler ensemble. Il y a des moments où la situation d’un pays est si grave qu’il faut que les responsables les plus engagés se disent « après tout, mon destin personnel et les intérêts de mon parti doivent passer après des choix politiques qu’il faut que nous concevions ensemble pour qu’ils ne soient pas partisans ou sectaires ». C’est cela, pour moi, qui est si important dans la situation d’aujourd’hui.
Mais, François Bayrou, est-ce que cela veut dire que vous poseriez avec Manuel Valls et avec d’autres ces pierres d’un nouveau mouvement commun des progressistes, après une éventuelle dissolution que vous prévoyez, et que vous dites inévitable ?
La condition numéro suppose qu’il y ait un retour devant les Français pour que le peuple français adhère à une démarche politique. Je crois qu’une dissolution sera nécessaire ou un référendum, enfin quelque chose qui fasse que les Français puissent saisir la situation, avoir une prise de conscience et adhérer à un projet.
Il faut, en même temps, préalablement, qu’il y ait eu un certain nombre de changements institutionnels, par exemple dans la règle électorale, qui permettent que tous les Français soient représentés dans leurs institutions. Si vous regardez la situation qui, aujourd’hui par exemple, est celle de l’extrême-droite ou celle du centre, vous voyez que l’on a près de 30% des voix pour l’extrême-droite au sondage d’hier matin et que le centre est à 13 ou 15 %. Or, nous n’avons pas de représentation parlementaire à la hauteur de ces scores et c’est donc un changement nécessaire.
Est-ce que si François Hollande annonçait une introduction de proportionnelle, vous applaudiriez ou est-ce que vous souhaitez la proportionnelle intégrale ?
Je trouverais intéressant, en tout cas, que le débat soit ouvert. François Hollande l’a promis, Nicolas Sarkozy aussi avant lui et puis il ne s’est rien passé. Mais je trouverais intéressant que l’on aille vers ce changement. Encore une fois, tous les pays européens qui réussissent ont fait ce pas. La France seule ne l’a pas fait mais c’est pour moi absolument nécessaire de penser qu’il faut que ces pratiques changent, parce que les alternances successives auxquelles nous sommes soumis nous ont conduit à des échecs gravissimes. Elles nous ont amenés dans le mur, et moi je pense qu’il faudra que les grands courants politiques français prennent la responsabilité de ne pas perpétuellement se rejeter la faute les uns sur les autres. Je suis certain que vous êtes comme je le suis, estomaqué de voir que dès l’instant que nous sommes dans l’opposition, on dit que c’est la faute du pouvoir et dès l’instant que l’on est au pouvoir, on dit que c’est la faute de ceux qui nous précédaient. Évidemment, c’est la faute conjointe de ces courants politiques là.
Est-ce que François Hollande a encore une qualité qui trouve grâce à vos yeux ?  Quel est son principal défaut ?
Je refuse d’être caricatural, je n’ai jamais utilisé des mots qui soient excessifs à l’égard du Président de la République. Je pense qu’il a raté des occasions importantes simplement parce qu’il n’a pas pris conscience, ou en tous cas tiré les conclusions de la gravité de la situation du pays. Nous vivons dans un pays qui va très mal, probablement plus mal aujourd’hui que jamais depuis la guerre – donc plus d’un demi-siècle derrière nous – et nous nous trouvons avec un pays découragé, où les Français ne croient plus en ceux qui les gouvernent.
Qu’est-ce que vous attendez de l’émission ce soir ?
J’attends, plutôt j’attendrais – mais je crois que ça n’arrivera pas – une prise de conscience. Je souhaite aussi que François Hollande fasse le premier pas vers les évolutions nécessaires qui permettraient, dans notre pays, de sortir de ce face-à-face mortifère entre deux camps qui sont tous les deux minoritaires, qui sont contestés par leur extrême et qui sont incapables de s’accorder sur des choses essentielles. C’est cela que je recherche dans la vie politique française. Je suis dans un état d’esprit attentif et d’ouverture à l’égard de tous ceux qui, d’un bord et aussi de l’autre, dans l’opposition et aussi sur certaines franges de la majorité, se rendent compte que cela ne va pas pouvoir durer ainsi. La situation dans laquelle nous sommes débouche sur un progrès incroyable des extrêmes qui n’est pas acceptable dans un pays démocratique, républicain et équilibré comme la France devrait l’être.
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