Le modèle Allemand est-il à envier ?

Allemagne

Depuis quelques temps, Nicolas SARKOZY ne cesse de faire l’apologie de l’Allemagne dans ses discours pour légitimer ses réformes économiques : bouclier fiscal hier, réforme de l’ISF, renforcement de l’apprentissage, TVA sociale, accords de compétitivité-emploi et règle d’or budgétaire demain… . L’Allemagne revient si souvent dans le discours politique que l’on peut se demander si l’élection présidentielle ne sera pas un référendum sur le modèle allemand.

  
Avant de voter, les français doivent savoir ce qui se cache derrière l’éclatant succès de leurs voisins d’outre-Rhin.
   
Pour la deuxième année consécutive, l’Allemagne a été la locomotive de l’économie européenne avec une croissance de 3% en 2011 après 3,7% en 2010. A titre de comparaison, la croissance de la France a été de 1,50% en 2010 et devrait péniblement atteindre 1,70% en 2011. Ce qui a permis à Berlin de réduire son déficit public à 26,7 milliards d’euros soit 1% de son P.I.B. Le déficit français est cinq fois plus important.
L’autre grand succès allemand, c’est la baisse spectaculaire du chômage. Avec 2,976 millions de chômeurs (pour 82 millions d’habitants) et 263 000 chômeurs en moins en 2011, le taux allemand s’élève à 7,1% en moyenne.
En France c’est l’inverse : 152 000 demandeurs d’emploi supplémentaires ont été enregistrés et le taux de chômage français  approche des 10% avec à notre décharge une population française qui augmente tandis que celle de l’Allemagne décroit.
 
 
LE SECRET DU SUCCES ALLEMAND : L’INDUSTRIE, LA TAILLE DES ENTREPRISES, LA CO-DECISION ET LA COMPETITIVITE
  
Les clés de ce succès sont connues : une spécialisation sur des produits où la demande mondiale est importante et soutenue (automobile, chimie, biens d’équipements, industries mécaniques), un nombre important d’entreprises de moyenne taille (entre 250 et 1 000 salariés) appelé « mittelstand » outre Rhin (12 500 contre 4 193 en France), une tradition et un savoir faire dans la conquête des nouveaux marchés, un système de formation qui favorise l’intégration en entreprise, le recours massif au chômage partiel plutôt qu’aux licenciements et un dialogue social de qualité sur l’emploi et les salaires.
   
  
LES DOULOUREUSES CONTREPARTIES
  
Cette médaille a plusieurs revers. Une compression exagérée des salaires. En effet pour restaurer une compétitivité largement dégradée suite à la réunification, l’Allemagne a pratiqué une forte modération salariale. En plus, elle a instauré une forte flexibilité du marché du travail avec les lois HARTZ qui s’est traduite par la création de mini jobs quasiment dispensés de cotisation sociales et dont la rémunération ne pouvait pas dépasser 400 € mensuels ; ceux-ci pouvant  être exercés en plus des aides sociales versées ou en plus d’un emploi traditionnel. Cette incitation à revenir sur le marché du travail a entrainé une explosion du travail à temps partiel subi.
Résultat, le salaire mensuel net médian  a augmenté moins vite que l’inflation (- 7% en dix ans alors que le salaire annuel moyen français a augmenté dans la même période de 10%).
  
   
UNE PAUPERISATION CROISSANTE DE LA POPULATION
  
C’’est l’autre revers de la médaille. Au cours de la dernière décennie, l’Allemagne a créé 2 millions d’emploi à temps partiel et peu de temps plein tandis que la France a créé 2 millions d’emplois à temps plein et très peu d’emploi à temps partiel. L’Allemagne compte ainsi un quart de salariés à temps partiel don 19% sont des mini jobbers. 20% des salariés allemands sont payés à un niveau inférieur au Smic horaire français et 40 % d’entre eux ont un salaire mensuel net inférieur à 1 000 €. Les 2,9 millions de chômeurs ne sont pas mieux lotis. Après une année de chômage, les personnes sans emploi ne touchent plus que 850 € aide au logement comprise.
Ainsi, 70% des chômeurs allemands vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Plus globalement,  l’Allemagne compte près de 12 millions de pauvres vivant avec moins de 940 € par mois ; soit 15% de la population contre 13,5% en France. A l’autre bout de l’échelle, 825 000 allemands détiennent un patrimoine moyen de 2,6 millions d’euros ; soit 1% de la population qui se partage 25% des richesses.
En conclusion : la politique de déflation compétitive menée outre Rhin s’est traduite par une accélération à grande vitesse des inégalités des revenus dénoncée par l’Organisation Internationale du Travail qui affirme en plus que celle-ci est l’une des causes structurelles des difficultés  de la zone euro.
  
  
LE MODELE ALLEMAND : UN MODELE QU’IL NE FAUT PAS COPIER MAIS DONT IL FAUT S’INSPIRER DANS SES ASPECTS POSITIFS
 
Le modèle allemand a donc des vertus dont la France aurait raison de s’inspirer, notamment dans les spécialisations industrielles, la capacité à exporter et à conquérir de nouveaux marchés ou encore la qualité de son dialogue social.
Mais, il ne faut pas mettre à bas notre modèle social et la capacité de celui-ci à amortir la crise sociale… sachant que cela a un prix à payer : un taux de prélèvements obligatoires de 55% en France contre 48% en Allemagne.
Enfin rappelons plusieurs atouts maîtres de la France  pour l’avenir : un système de santé parmi les meilleurs au monde, une population dynamique et croissante de 65 millions d’habitants et qui en aura 73 millions (selon les prévisions) dans trente ans alors que l’Allemagne qui a actuellement près de 82 millions d’habitants n’en comptera plus que 65 millions à cette échéance, un taux d’équipement collectif remarquable et envié, enfin un art de vivre inégalé ce qui faisait dire au magazine américain «  International Life » que la France était le pays numéro un dans le monde où les gens aimeraient vivre… .

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