AA+ Les conséquences de la perte du Graal !

A A Arg...

L’agence de notation STANDARD AND POOR’S vient d’abaisser la note de la France de AAA à AA+ sous perspective négative ce qui veut dire que celle-ci pourrait encore être abaissée ultérieurement dans les prochains 18 mois.

Après avoir dramatisé la possible perte du triple A, le gouvernement – sentant le mauvais vent venir – avait tenté de minimiser l’impact de cette dégradation fin 2011. Ainsi, dans un entretien au journal le Monde, Nicolas SARKOZY avait assuré que « ce serait une difficulté supplémentaire mais pas insurmontable »… .
Même si celui-ci n’a pas totalement tort, il ne faut pas minimiser l’impact d’une telle décision. En effet, pour emprunter sur les marchés financiers, le triple A est un sésame qui permet d’emprunter à bas coût. A court terme, l’impact sera limité car lesdits marchés avaient déjà anticipé cette dégradation. Sur le marché des O.A.T (obligations à terme) à 10 ans, le taux d’emprunt allemand est de 1,75% et celui de la France est de 3,10%. Cependant, les taux pourraient repartir à la hausse car une autre agence de notation – MOODY’S – pourrait à son tour dégrader fin janvier la note française qui est « AAA ». Dès lors, la France ne serait plus officiellement triple A car il faut qu’au moins 2 agences de notation sur 3 pour faire partie du sacro-saint club.

Outre la montée des taux d’intérêts pour les nouveaux emprunts (180 milliards d’euros prévus en 2012), cette dégradation a aussi d’autres conséquences avec l’augmentation des CDS, ces assurances que souscrivent les créanciers pour se couvrir contre le risque de défaut de paiement. Selon la banque NATIXIS, un point de taux supplémentaire d’intérêt, c’est un alourdissement du fardeau de la dette de 2 milliards d’euros la première année et 15 milliards d’euros sur 7 ans en moyenne.

Enfin, cet effet domino va jouer en défaveur des organismes et entreprises dont l’état est actionnaire qui verront aussi leur note rétrogradée (caisse des dépôts et consignation, Unédic, Cades, la poste, collectivités locales). Pour eux, le coût de la dette va s’alourdir. Et les banques françaises – qui détiennent 120 milliards d’euros de dette publique – sont à leur tour menacées : baisse de leurs actifs d’où des besoins de recapitalisation plus importants pour renforcement de leurs fonds propres. Obligées d’emprunter à des taux d’intérêts plus élevés, celles-ci prêteront aux entreprises et aux particuliers de façon plus limitée et à des taux plus élevés ; d’où des reports d’investissements. Et la tentation pour ces emprunteurs de reconstituer leurs marges bénéficiaires en rognant sur les salaires et sur l’emploi. Cela pèsera sur la consommation. Privée de ces deux principaux moteurs, l’activité économique de la France pourrait se contracter plus fortement que prévu.
Et au final, après le gel des salaires et la hausse du chômage, les français pourraient se voir infliger une augmentation des prélèvements obligatoires afin que la France puisse tenir ses engagements de réduction de déficit public. Avec une croissance plus faible que prévue, le gouvernement serait acculé à procéder à un troisième plan de rigueur.

Tel est malheureusement le scénario le plus probable pour les prochains mois !!!.

Enfin, cet affaiblissement de la crédibilité économique et financière du pays va aussi se traduire par une diminution du pouvoir d’influence de la France sur le plan politique dans nos négociations avec nos voisins européens et tout particulièrement l’Allemagne et diplomatique.

QUI SONT CES GENS QUI DECIDENT A LA PLACE DES PEUPLES ?

Tel est le sentiment général qui domine à l’annonce de la dégradation de la note française… .
Exécutif, législatif et judiciaire ; la philosophie politique enseigne qu’un état démocratique se fonde sur la séparation de ces trois pouvoirs mais aussi sur la dynamique de contre pouvoir que chacun déploie face aux deux autres. Au schéma fondateur de la démocratie, succède désormais une nouvelle organisation des forces brutale : un nouveau pouvoir – économique –sans contre pouvoir domine tous les autres et dicte sa loi.
Ce qui frappe ici, c’est le désarroi du politique et l’impossibilité même de toute action politique efficace. Les trois dernières années montrent que les pompiers ont toujours couru derrière les incendies… . Au grand dam des états et régulateurs qui leur ont accordé un pouvoir démesuré. Ils n’ont cessé, au fil des réglementations, d’accroitre leur influence. Aujourd’hui, les notes de celles-ci fixent les limites légales aux possibilités de placement des caisses de retraite et des assureurs. Elles servent aussi de référence officielle pour le calcul de ratios des fonds propres des banques. La banque centrale européenne elle-même exige le gage de papier bien noté. Leurs « ratings » sont devenus ultra-dominants pour ne pas dire exclusifs dans les choix d’investissements. Et pour les entreprises qui veulent lever des capitaux, la notation est devenue indispensable !!!.

SONT-ELLES IRREPROCHABLES ?

NON !!!. D’emblée, leurs détracteurs appuient là où ça fait mal : LEUR INDEPENDANCE. Celles-ci sont grassement payées par les émetteurs d’où un risque d’orientation intéressé dans leurs attributions de notes.
En outre, elles ne sont pas infaillibles !!!. L’histoire récente montre qu’elles n’ont pas su prévoir le choc des subprimes et depuis 2008, leurs insuffisances sont apparues de façon notoire. Et on peut s’interroger maintenant si elles ne prennent pas les devants en sanctionnant à tours de bras entreprises et états. Ce faisant, les agences de notation ne font qu’ajouter de la crise à la crise. Drôles de juges de paix en somme !!!.

UNE SANCTION FRANCAISE MERITEE

Quelque soient les reproches que l’on peut faire aux agences de notation, il faut bien comprendre que les décisions de gestion – quelques soient – doivent s’appuyer sur des données chiffrées. Et quand on examine la situation financière de la France, celle-ci n’est pas bonne. A cela s’ajoute une réputation, pour notre pays, de ne pas tenir ses engagements de réduction de déficit. Nous leur avons donné, en quelque sorte, le bâton pour nous faire battre… .

Cet article a été publié dans Economie, Finances et marquée , , , .

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3 réponses à AA+ Les conséquences de la perte du Graal !

  1. Christophe Sauvaire dit :

    Bonsoir,
     
    Quelques remarques à propos de ton dernier article :
     
    Je pense que tu es sous influence de tout ce que tu peux lire dans la presse à propos des agences de notation.
     
    Je ne partage pas ton avis ! les agences de notation font leur  travail sans l’ombre d’un doute (s’il suffisait de payer grassement pour conserver son AAA  là je m’inquièterai !), elles ne font qu’émettre une opinion qui est tellement fiable qu’elle s’est intégrée à la plupart des processus de gestion des actifs financiers ! Qui en a décidé ainsi : ce sont les dirigeant des principaux établissements financiers et leurs organismes de contrôle qui ont imposés leur utilisation, voire leur sur-utilisation.
    Toutefois, comme l’histoire récente nous le montre,  il est possible de les contourner avec la complicité de grande banques (la Grèce présente des comptes faux (maquillage du déficit public) avec l’appui de l’actuel président de la BCE Mario Draghi à l’époque vice président europe de Goldman Sachs), ou bien avec un laxisme coupable des autorités de contrôle financier (les fausses déclarations sur la qualité des FCC (fonds communs de créances) immobiliers américains qui ont abouti à la crise dite des “subprimes”). Bref je crois qu’il ne faut pas dire qu’elles confisquent la démocratie !
    Ceux qui la confisquent sont plutôt les membres de l’establishment qui se cooptent et se partagent le gâteau sans jamais se contrôler les uns les autres car il faut savoir rester entre gens de bonne compagnie !
    Ensuite je te trouve assez silencieux à propos du fameux article 123 du traité de Lisbonne qui est la conséquence d’une loi française datant de 1973 qui tout simplement privatise la création monétaire : je pense que cette absence du levier monétaire pour les politique est dramatique et explique en bonne partie cette spirale infernale de l’endettement.
    Je t’invite à lire ce que tu pourra trouver sur internet à ce propos.
     
    Pour le reste oui la perte du AAA est déjà dans les cours depuis un moment, cela va exiger beaucoup de souplesse de la part de notre système financier, c’est une sanction méritée pour ce gouvernement qui présente un bilan qui reste extraordinairement mince (Luc Ferry) !  
     
    Bien amicalement
     
    Christophe

  2. Christian-Gérard Cluzeau dit :

    Bonsoir Christophe,

    J’ai en effet, un handicap car je ne suis pas un professionnel de la finance d’où une appréciation de simple citoyen. cependant, je persiste à dire que les analyses et appréciations que font lesdites agences de notation ne sont pas toujours aussi fiables qu’on pourrait le souhaiter et l’exemple le plus emblématique déjà cité est celui des subprimes . En effet, les fonds gérant ce genre de placements à risques ont bénéficié d’une notation triple A trop longtemps alors que la crise couvait déjà sous la cendre. Concernant la confiscation de la démocratie, j’ai simplement évoqué la trop grande influence qu’elles avaient sur le monde de l’économie résultant de l’incurie des politiques et des autres acteurs économiques à élaborer leurs décisions sur des bases plus variées. Enfin, les dettes publiques des états ne sont pas le fait des agences de notation mais de la défaillance des politiques dans la gestion de leur pays.

  3. Christophe Sauvaire dit :

    Bonsoir,
    Je trouve que tu fais un travail remarquable, mes commentaires sont destinés à éclaircir une position que je souhaite faire partager, je ne te fais aucun reproche. encore une fois la fiabilité des analyses des agences de notation est fonction de la fiabilité des informations qui leur sont fournies. J’ai cité deux cas de tromperie, fraude ou falsification gigantesques. Il en est de même pour la fameuse crise du Crédit Lyonnais en 1993, données fournies aux instances de contrôle volontairement fausse, nous voyons où cela conduit !  Mais monsieur Trichet à l’époque directeur du Trésor (donc responsable du contrôle) n’a pas été mis en cause et nous connaissons tous la suite de la carrière du père de la déflation compétitive !
     
    Bien amicalement
     
    Christophe

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