La démondialisation est une construction intellectuelle inapplicable.

La France décroche

Lors des primaires socialistes, l’un des candidats,  Arnaud MONTEBOURG, s’est fait le chantre de la démondialisation. Par ailleurs, d’autres à gauche, tel Jean Luc MELENCHON et le mouvement ATTAC ainsi qu’à l’extrême droite avec Marine LEPEN appellent à une refondation des échanges commerciaux dans le monde.

De tous temps les hommes et les femmes ont voulu « contrôler » l’économie et ses échanges… .

QUE SIGNIFIE « DEMONDIALISER »
C’est d’abord limiter le libre échange à travers la relocalisation de la production et des emplois et le retour à un protectionnisme ciblé via des droits de douane. L’objectif est aussi écologique car produire à 20 000 km au moment où l’atteinte à l’environnement est devenue un problème majeur n’a aucun sens. Démondialiser implique également la définanciarisation de l’économie mondiale via la re-régulation de la sphère financière et le réintroduction du contrôle des capitaux.

Donc, contrairement à ce que ses détracteurs prétendent, la démondialisation n’implique pas de mettre fin au commerce mondial et de vivre en autarcie ; ni de limiter la libre circulation des idées, des artistes, des étudiants et des chercheurs… .

MAIS A QUEL NIVEAU FAUT-IL DEMONDIALISER ?
Pour les adversaires de la mondialisation, celle-ci a connu ses limites avec la crise financière de 2008. En effet, selon eux,  la déréglementation généralisée des échanges intervenue sous l’ère Reagan et Tatcher au début des années 1980 est responsable des délocalisations et de la désindustrialisation des pays développés, donc de la précarisation des salariés de ces pays qui sont mis en concurrence avec ceux des pays en développement.

En outre, cela a conduit à un endettement colossal dans les pays développés.
Une fois accepter le principe de la démondialisation, la question centrale qui se pose est de savoir à quel niveau procéder. Pour Arnaud MONTEBOURG, le niveau pertinent est clairement celui de l’Europe. Pour le Front de Gauche, il faut créer une nouvelle zone monétaire limitée aux seuls pays disposés à engager la refondation d’une union monétaire, démocratique et progressiste. D’autres plus radicaux, tel Monsieur Jacques SAPIR auteur de « la démondialisation », ne croient pas qu’il est possible d’appliquer des règles au niveau européen et préconisent un processus de coordination fondé sur les politiques nationales. Pour ces derniers, il faut redonner du pouvoir à l’état et lui donner la possibilité de lancer un plan de relancer ou de réguler la sphère financière sans attendre que le reste du monde soit d’accord pour le faire. Telle est la thèse défendue par marine LEPEN qui préconise, outre la sortie de l’euro, la mise en place d’un « protectionnisme intelligent » aux frontières de la France afin de réindustrialiser le pays.

LA DEMONDIALISATION EST-ELLE VRAIMENT REALISABLE ?
Pour ses partisans, elle passe par l’adoption de mesures concrètes comme par exemple la création de normes salariales. Réduire le flux des marchandises et des capitaux, relocaliser les systèmes de production sont les chevaux de bataille des « démondialisateurs ». Et en cas de non respect desdites normes, une taxation aux frontières s’impose.

Cette vision idyllique se heurte à des réalités méconnues. Dans une économie déjà mondialisée, il n’y a pratiquement plus de produits entièrement fabriqués dans un pays et achetés dans un autre. Selon une étude de l’OCDE, les exportations françaises sont composées pour plus d’un quart de produits auparavant importés. Les chaines de production se sont aussi globalisées pour gagner en efficacité. Cela signifie que freiner vos importations revient à freiner vos exportations. En outre, en cas d’imposition de taxes aux frontières, les risques de représailles sont avérés. N’oublions pas qu’en France, un salarié sur quatre travaille pour l’exportation.

LA DEMONDIALISATION DENOTE UNE ABSENCE TOTALE DE VISION GEOPOLITIQUE ET STRATEGIQUE DE LEURS AUTEURS
Lorsque l’on regarde l’évolution du commerce mondial depuis une trentaine d’années, c’est la mondialisation des échanges avec la quasi disparition des droits de douanes et des taxes aux frontières qui est le fait marquant. Des règles de concurrence ont été établies et sur l’application desquelles l’ OMC ( organisation Mondiale du Commerce ) veille. Revenir sur les engagements pris, ce serait subir les foudres de cette dernière. Il faudrait alors convaincre nos voisins européens  (qui ont une longue tradition d’ouverture commerciale sur le monde ) et mondiaux du bien fondé de notre démarche… C’EST IMPENSABLE !!!.

C’est aussi ignorer l’évolution géopolitique en cours. Le 19ème siècle a été européen, le 20ème siècle a été américain et le 21ème siècle est déjà asiatique. Il y a actuellement au niveau du leadership mondial une passation de pouvoir entre l’hémisphère nord ( USA, Europe, Japon ) et le sud-est asiatique ( Chine, Inde ). Les nouveaux grands de ce monde ont pour nom Chine, Inde, Brésil… . Or, dans les relations internationales, il n’y a pas de droit et c’est la loi du plus fort qui règne  et qui impose ses normes très souvent… . Et la dette publique colossale des pays européens ne les place pas en position de force pour négocier.
La mondialisation a été avant tout une gigantesque redistribution des rôles de production entre les pays. La chine est devenue l’atelier du monde. Exploitant une main d’œuvre à bas coût et sans couverture sociale correcte, elle nous inonde de ses produits à bon marché.

Grace à un important effort de recherche scientifique et à une politique judicieuse de créneaux porteurs, certains pays européens peuvent présenter des produits haute gamme et innovants que les pays émergents ne peuvent pas proposer et tirer ainsi leur épingle du jeu.

Tel est le cas de l’Allemagne qui réalise chaque année un excédent commercial de 150 à 200 milliards d’euros malgré un euro fort. Enfin, lorsque l’on procède à un état des lieux aujourd’hui, on constate qu’avec une augmentation des coûts de transport et une hausse des salaires en chine sans compter une appréciation de la monnaie chinoise inéluctable à terme, l’avantage compétitif de ce pays sera nul dans une dizaine d’années. Le nouvel eldorado pour délocaliser c’est le Vietnam à 1 euro de l’heure de travail ( le smic horaire est à 9 € en France ). IL va donc y avoir un rééquilibrage en faveur des pays développés à moyen terme… .Et Les consommateurs émergents sont les vrais clients de demain. A nous français et européens de leur offrir des produits de qualité en mobilisant nos savoirs faire et nos capacité en matière de design notamment.

En France, certaines entreprises ont déjà relocalisé leur production pour des raisons de qualité, de hausse du coût de transport et de l’énergie ( Vaisselle Geneviève LETHU, centres d’appels des Taxis Bleus ).
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en France nous n’avons pas su mobilier toutes nos énergies dans cette guerre économique malgré les formidables atouts dont nous disposons. C’est la raison pour laquelle elle décroche dangereusement aujourd’hui avec un déficit estimé de la balance commerciale de 70 à 80 milliards d’euros pour 2011. A nous d’en tirer les enseignements et de faire les efforts en conséquence… .

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Une réponse à La démondialisation est une construction intellectuelle inapplicable.

  1. Anne Benéteau Péan dit :

    Bien sûr que la tentation protectionniste démange – non disent-ils, seulement la démondialisation ! Donc il va falloir renoncer au café, au jus d’orange, au chocolat. Et se débrouiller pour boire toute notre production de Bordeaux et de Cognac que nous ne réussirons plus à exporter, ça risque de nous faire beaucoup…

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