Etudiants étrangers : la tentation extrême du gouvernement

La Sorbonne, Paris, France

Jeudi 12 octobre, plusieurs centaines d’étudiants étrangers ont manifesté devant la Sorbonne. Signe particulier : élèves des grandes écoles françaises. Quelle mouche a donc piqué ces jeunes d’ordinaire peu turbulents ? Et pourquoi ont-ils donc reçu le soutien des institutions d’enseignement supérieur ?

Leur revendication : le retrait de la circulaire envoyée aux préfets par Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, et par Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, le 31 mai dernier, durcissant les conditions d’obtention d’un permis de travail. L’objectif était de faire baisser de 30 000 à 20 000 le nombre de titres délivrés chaque année.

Les jeunes diplômés étrangers des grandes écoles françaises n’ont pas de régime de faveur : à l’issue de leur scolarité, ils perdent le statut d’étudiant et ne peuvent plus obtenir de permis de travailler. Ils ne sont ainsi plus en mesure de signer les contrats de travail que leur proposent les entreprises françaises, faute de papiers.

Cela ne concernerait pour le moment que quelques dizaines d’étudiants, selon Pierre Tapie, président de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), et directeur de l’Essec, qui a demandé fin août aux directeurs des grandes écoles de recenser les cas. Il s’inquiète de ce que la circulaire touche potentiellement les 8 000 diplômés étrangers non européens qui sortent chaque année de nos grandes écoles. Avec les étudiants réunis en « collectif du 31 mai », il demande qu’un nouveau texte interministériel soit rédigé par le ministre du Travail, le ministre de l’Intérieur, le ministre de l’Economie et le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin de clarifier les conditions d’accès à l’emploi des jeunes étrangers.

Car en la matière, la concertation interministérielle semble faire défaut… Le 10 mai dernier, lors du G8, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, déclarait : « Dans un environnement où la connaissance et l’innovation sont des facteurs essentiels de la compétitivité, [la mobilité internationale étudiante] devient un enjeu majeur de la compétition économique mondiale, tant par son importance financière que par les potentiels qu’elle développe. Pour nos écoles et nos universités, elle constitue un élément essentiel de l’accès à l’excellence ». Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avait elle aussi appelé de ses vœux une meilleure attractivité de l’enseignement supérieur français, après avoir fixé l’objectif de deux tiers d’étudiants étrangers en master et en doctorat d’ici 2015. Le 26 septembre, dans un courrier adressé à Claude Guéant, elle s’est inquiétée de l’application « qui semble faite de la circulaire du 31 mai ».

A quelques mois des élections présidentielles et législatives, ce qui ressort de cette cacophonie interministérielle est surtout la course du gouvernement derrière le chiffon rouge de l’immigration qu’agite l’extrême-droite. Mais cette tentation extrême risque bien de détourner de la France les meilleurs étudiants étrangers, et priver ainsi les entreprises françaises des forces vives indispensables à leur développement…

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Cet article a été publié dans Anne Benéteau, Education, Monde, Politique, Réformes, République Française, Travail et marquée , , , , , , , , , , .

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