Le livre de Geneviève Azam

Poing levé

La conscience que nous avons de la limitation de l’espace terrestre et la conscience de la différence des échelles de temps entre les processus géologiques qui sont lents et l’activité humaine qui extrait de plus en plus rapidement les ressources naturelles nous obligent à réfléchir à notre avenir, à l’avenir des humains sur terre.

 C’est à l’échelle de la planète entière que le problème de la gestion des ressources naturelles se pose.

Les alternatives sont au nombre de deux :

  
- Si nous continuons à articuler les rapports entre les Nations comme actuellement, c’est-à-dire dans un rapport de rivalités nationales et de domination, les pays les plus forts (G8 ou G20) vont continuer à s’approprier les ressources dont ils estiment avoir besoin pour vivre selon leurs habitudes. Dans ce cas, le tarissement des ressources est inéluctable, c’est uniquement la date d’échéance qui change selon les scénarios. Les conflits armés sont eux aussi inéluctables entre les pays les plus puissants qui voudront tous la dernière part du gâteau que représentent à leurs yeux ces ressources.

L’immigration des populations touchées par ces conflits fait déjà partie de notre actualité et ne pourra que s’amplifier.

- Si cette première voie ne nous satisfait pas, il nous faut chercher une solution viable à long terme et dans la paix. Dans cette perspective, nous allons vouloir gérer les ressources terrestres de façon à ce qu’elles s’épuisent le moins vite possible pour celles qui sont non renouvelables et de façon à ce qu’elles se reconstituent pour les autres. Nous n’avons alors pas d’autre alternative que tendre vers une action concertée entre les nations, toutes les nations, aussi diverses soient elles. Le but est que tous les peuples puissent vivre dignement, en sécurité et en respectant la terre afin qu’elle puisse continuer à nous nourrir et nous chauffer.

Tout est à construire mais il me semble que beaucoup de nos concitoyens sont tellement fatigués et stressés par leurs conditions de vie que la mutation est possible. C’est fatigant et stressant d’être informés en temps réel de tous les conflits armés de la planète tout en sachant leurs enjeux économiques, de toutes les catastrophes naturelles qui se multiplient. C’est fatigant et stressant de supporter un travail dont ne perçoit plus le sens ou l’intérêt, ou qui s’effectue dans des conditions qui se dégradent de plus en plus. C’est impossible de s’y retrouver dans les messages schizophréniques véhiculés par la société et c’est déprimant de sentir que nous perdons le sens de la vie et des liens humains.

Bien sûr nous ne pouvons pas savoir quelles seront les modalités de cette collaboration mondiale, mais pour construire cet avenir il est important que chacun comprenne l’enjeu et se positionne face au choix qui se présente à nous. C’est la masse des hommes qui constitue la majorité des peuples et qui peut peser sur les décisions politiques, chacun est une partie constituante de cette masse pensante. N’abandonnons pas la pensée de notre avenir et les décisions qui en découlent aux seuls hommes politiques. Ils cumulent pouvoir et argent, ne sont pas parfaits, peuvent être corruptibles, mais il en faut et nous pouvons à la fois les respecter et les contraindre à entendre notre voix, à prendre cette voie.

Geneviève Azam présente dans son livre une mise en perspective de ce problème majeur auquel l’humanité est confrontée pour la première fois. Elle montre comment les pays les plus développés techniquement ont profité de leur supériorité pour s’annexer d’autres pays et s’approprier leurs richesses à la période des colonisations. Puis comment ces mêmes pays créèrent des institutions internationales pour veiller à leurs intérêts, puis ils ont continué à s’enrichir en soutenant voire en imposant à d’autres pays des Présidents-dictateurs corrompus prêts à s’enrichir personnellement au détriment de leurs peuples (Chili, Argentine, etc.).

Ce processus de domination des plus forts sur les plus faibles a toujours été à l’œuvre depuis que l’homme est apparu sur terre. Seul le mode de fabrication des armes diffère, d’artisanal il est devenu industriel. La domination économique est plus discrète, c’est presque une domination invisible pour le citoyen lambda :

    
- Qui connaît les prix dérisoires auxquels sont achetés les produits cultivés ou fabriqués à l’autre bout de la planète ?

- Qui sait que les pays en développement qui ont emprunté aux institutions internationales sont pris au piège d’une impossibilité structurelle à rembourser leurs dettes ? Le système financier est tel qu’ils ne remboursent en permanence que des intérêts et très peu de capital.

- Qui est au courant que ces pays se sont parfois endettés pour « acheter leur liberté », comme ce fut le cas pour Haïti avec la France ? Nicolas Sarkosy s’est d’ailleurs engagé à annuler purement et simplement cette dette dans un élan humaniste suite au tremblement de terre … où en est-on à ce sujet ?

- Qui est au courant que les dettes de ces pays datent parfois de l’époque où ils étaient dirigés par des chefs d’Etat corrompus ?

Donc, sur le principe, les rapports entre les groupes humains n’ont pas changé. Que ce soit entre tribus ou entre nations ce sont toujours des rapports de domination. Pourquoi ? La psychologie peut apporter des éléments de réponse à cette question.

Quand l’enfant commence à agir sur son environnement il y a toujours un moment où il va vouloir s’approprier le jouet d’un autre enfant. En général, le parent intervient et explique à son enfant qu’il ne doit pas « prendre des mains de l’autre ». Il interviendra pour trouver avec les enfants un compromis, surtout si la victime se trouve être un petit frère ou une petite sœur.

Cette propension de l’homme à «se servir» est naturelle. Tous les enfants font cela, et c’est l’éducation qui vient contrecarrer, rectifier ce penchant dont on sait qu’il handicapera l’intégration sociale de l’enfant si on lui laisse croire qu’il peut agir comme cela. Cette étape éducative est intégrée avec plus ou moins de réussite par l’enfant qui, devenu adulte, conserve toujours au fond de lui cette disposition naturelle qui peut resurgir quand les conditions s’y prêtent. L’impunité et l’idéologie de « la loi du plus fort » favorisent le réveil de cette tendance.

La comparaison entre les rapports internationaux et les rapports fraternels s’arrête là car il manque au niveau international un acteur fondamental : qui peut tenir le rôle du parent éducateur ? La religion l’a fait et le fait encore dans certains pays. Mais il en est des hommes d’Eglise comme des hommes politiques, ils sont humains avec ce penchant dominateur au fond d’eux et ils ont souvent abusé de leur place. L’Eglise a pris le pouvoir sur ses ouailles en se nommant détentrice de La vérité absolue, mais des hommes se sont libérés de cette domination. En France ce fut un combat en 1905 pour obtenir la séparation de l’Eglise et de l’Etat, séparation qui assura en même temps à chacun la liberté de croire en ce qu’il veut.

L’actualité internationale confirme deux choses :

- La première est que les hommes n’acceptent plus de se faire dominer comme ils l’ont été jusque là. Les soulèvements inattendus des pays arabes l’illustrent et ils font suite à la libération des pays d’Amérique latine.
 - La deuxième c’est que la masse des hommes, par son refus des abus de pouvoir, peut renverser un système qui perdurait depuis des décennies et qui était soutenu par les institutions internationales (ne l’oublions pas).

Cela veut dire que la seule façon d’arriver à imposer au niveau mondial un nouveau mode de relations internationales (qui reste à inventer) c’est que chacun d’entre nous se mette à y réfléchir, s’informe de toutes les initiatives locales qui vont dans ce sens, et que chacun commence à agir, même petitement, dans ce même sens. C’est la synergie de ces innombrables petites actions, spontanées, imprévisibles, qui va faire grandir le mouvement de prise de conscience que nous sommes fondamentalement insatisfaits de nos conditions de vie, bien que nous soyons dans un confort matériel supérieur à la majorité de la population mondiale.

Arrêtons d’avaler les couleuvres des discours tantôts charmeurs, alarmistes ou désabusés que les médias nous servent, particulièrement la télévision. Il existe de nombreuses sources d’informations moins connues mais qui méritent de l’être plus (à la radio, sur internet). Mon activité professionnelle me prouve quotidiennement combien l’écoute régulière des informations à la TV associée à un travail dans lequel il n’y a plus ni reconnaissance ni sens a des effets déprimants et pernicieux. Nos concitoyens culpabilisent de déprimer alors qu’ils vivent dans un environnement qui conditionne en grande partie leur déprime. Prenons conscience de ce que nous ne voulons plus supporter, ayons l’audace de rêver à la façon dont nous aimerions vivre et commençons dès maintenant à oeuvrer pour cela.

Anne Chesnot
15 mai 2011

Cet article a été publié dans Catastrophe, Démocratie, Education.

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